Ma GRS - Récit de ma vaginoplastie

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Dimanche 30/11/2003 (J+6)

Dernière perfusion

Dernière perfusion après le retrait de mes bandages et le retour dans ma chambre.

7h05

Je reçois mes antibiotiques (Zienam 500) en perfusion. La règle générale est d'en recevoir pendant 5 à 7 jours après l'opération.

7h30

Mon petit déjeuner arrive. Il est somptueux : 3 pains, une portion de confiture, une portion de miel, une portion de beurre, un oeuf à la coque, 2 tranches de jambon, une tranche de fromage, un cornichon, et une barre chocolatée.

Rechargée à bloc par ce festin, j'ai très envie de me lever. Je décide qu'une fois dans ma chambre, je resterai debout aussi longtemps que possible pour rétablir un flux sanguin normal dans les plus brefs délais.

8 h

L'infirmière me propose de faire ma toilette, ce que j'accepte de bon cur. En me levant, je subis une importante chute de tension qui me force à m'asseoir sur les toilettes. Je n'en dis pas un mot à l'infirmière car j'ai peur que cet incident ne compromette mon retour dans ma chambre. J'alterne entre les toilettes et la position debout. Marcher me semble beaucoup plus difficile qu'hier : j'ai moins de souffle. L'infirmière me remet dans mon lit puis me branche ma dernière perfusion, qui goutte au ralenti.

Peu de temps après, je suis emmenée en salle de soins pour l'enlèvement de mes pansements. Depuis mon lit, dans le couloir de la salle de soins, située au rez-de-chaussée, à côté du bloc opératoire, j'attends Frau Dr. Stier pendant dix minutes. Elle arrive. Je me lève de mon lit pour m'installer dans la chaise gynécologique. J'ai assez peur mais je n'aurai au final pas du tout mal et Frau Dr. Stier parvient à me mettre en confiance.

Elle me retire tout d'abord mes pansements, avant de nettoyer superficiellement ma peau et de retirer le stent. La sensation du stent qui glisse dans mon néo-vagin pour la première fois est tout à fait étrange. Cela n'est pas agréable, mais pas douloureux non plus. Je n'arrive pas à mettre sur papier ce que je ressens. D'après Frau Dr. Stier, la cicatrisation est bonne.

L'interne nettoie le stent pendant que Frau Dr. Stier retire le cathéter Foley de mon urètre. J'inspire un bon coup, puis j'expire rapidement à l'instant du retrait. Je n'éprouve aucune douleur, ni même quoi que ce soit de bizarre (le retrait d'un cathéter est toujours moins étrange que la pose).

J'ai de la chance : je fais partie des 80 % de patientes chez lesquelles l'urètre est bien cicatrisé. Ceci signifie que Frau Dr. Stier n'aura pas besoin de me poser un autre cathéter Foley. Il me reste bien sûr la sonde urinaire, piquée dans mon abdomen pour déboucher dans ma vessie, mais c'est une autre histoire.

Frau Dr. Stier introduit ensuite un spéculum dans mon néo-vagin pour nettoyer ce dernier. Le sang qui y stagne alimente en effet les bactéries. Le nettoyage est réalisé à l'aide d'un chiffon et d'un liquide brun désinfectant. Là encore, je ne ressens aucune douleur mais des sensation étranges. Le nettoyage terminé, Frau Dr. Stier me remet le stent en place, gonflé avec 16 ml d'air. La manipulation n'est pas douloureuse. D'après elle, mon néo-vagin est réellement profond, ce qui est une bonne chose.

J'ai droit à deux compresses pour protéger mon entrejambes, quelques vaporisation de spray désinfectant, puis on m'enfile ma culotte.

J'ai interdiction de me lever pendant 2 heures après ces soins (mais de toute façon, j'ai ma perfusion à terminer).

Pour la première fois, mon pubis est plat, sans artifice. Je trouve cela vraiment chouette.

Les dernières consignes de Frau Dr. Stier sont les suivantes :

Je retourne dans mon lit. En marchant, j'ai quelques picotements douloureux à l'entrejambes. C'est normal.

On me ramène enfin dans ma chambre. En prime, j'ai droit à un soleil radieux qui inonde la pièce. Mes parents viennent me voir un quart d'heure plus tard.

Je vais bien mieux, surtout en pensant que bientôt, libérée de la perfusion, je pourrai enfin me lever.

11h30

Comme chaque jour à cette heure, on m'apporte mon déjeuner. Il se compose d'un bouillon aux crêpes, d'un blanc de dinde accompagné de pommes de terres à l'eau et d'un pot de glace fraise-vanille en dessert. La cuisine est toujours aussi lourde. Il faut que je surveille ma ligne donc je ne finis pas mon plat. Avec la nourriture que j'ai ingurgitée, mon gonflement dans la tête reprend. Vivement que je me lève.

12h30

En dépit des consignes de Frau Dr. Spehr, que j'estime infondées, et selon lesquelles je ne pourrais reprendre les hormones que 10 jours après l'opération (en raison du mauvais état de mon foie), je reprends (en douce) mon traitement hormonal. Je commence pour aujourd'hui par deux doses (1 mg) d'Estreva Gel (estradiol transdermique) et 100 mg d'Estima Gé (progestérone micronisée orale).

13 h

On m'apporte une carte des repas de la semaine et un choix de petits déjeuners. C'est le grand luxe : chaque jour, j'ai le choix entre quatre plats. Bon, j'ai du travail, tout est écrit en allemand ...

13h15

L'infirmière m'annonce que l'on va me retirer ma perfusion bien qu'elle ne soit pas finie, et m'apporte mes cachets d'antibiotiques pour la journée. Je ne cache pas ma joie.

14h30

L'infirmière me prend ma tension, mon pouls et ma température. Je ne demande pas les valeurs, mais il n'y a rien à signaler.

14h45

L'interne, assisté par une infirmière, me retire enfin la perfusion qui est plantée dans mon cou depuis lundi. Je ressens des picotements mais je ne souffre pas. En revanche, je suis réellement impressionnée par la longueur du tuyau introduit dans ma veine.

Tous deux sont adorables et je leur demande si je peux garder la perfusion complète en souvenir pour décorer mon intérieur. "Dekorativ und kreativ" me rétorque l'interne en rigolant. Ma requête très particulière l'amuse visiblement beaucoup et je reçois mon cadeau souvenir emballé dans une alaise qui trouvera bientôt sa place dans ma salle de bain.

Fait étonnant (pas tant que ça, en fait, quand je pense rétrospectivement à ses dysfonctionnements continuels) : la perfusion enlevée, ma tête se sent mieux. Je comprends maintenant que cette perfusion avait un problème (il était impossible d'y prélever du sang et l'écoulement était anormalement lent) qui a très certainement perturbé l'évacuation du sang arrivé dans mon cerveau.

Je marche beaucoup, je reçois deux visites simultanées de mes parents et de Nathalie et Philippe, deux amis proches. Cela me fait plaisir, bien sûr, mais je suis vite très fatiguée.

M'allonger après me fait l'effet d'un joint. La sensation est très similaire, et plutôt agréable.

17h30

Je prends mon repas.

Une consur, arrivée hier, fait une apparition furtive dans ma chambre, le temps de me dire bonjour avant son opération qui aura lieu demain. Elle est vraiment mignonne et au premier coup d'il, je ne me suis pas douté qu'elle était transgenre. Je lui souhaite bonne chance. Je ne le sais pas encore, mais elle sera ma future voisine de chambre.

21 h

Alors que je suis à nouveau seule dans ma chambre, j'essaie de dormir. Mais je constate avec horreur que je n'y arrive toujours pas. Bien que ma sensation de tête gonflée se soit atténuée, elle est toujours présente et m'empêche de trouver le sommeil.

Je panique de plus en plus en arrivant à la conclusion que la perfusion a endommagé la veine où elle était placée (qui est en l'occurrence très dure au toucher) et que cette dernière n'est plus en mesure d'évacuer le sang en provenance du cerveau avec un débit suffisant. J'ai par dessus tout la crainte d'avoir ces séquelles à vie. Je peux sentir (et entendre) mes pulsations cardiaques, et le sifflement que j'entendais est réapparu.

23 h

Je finis par appeler une infirmière qui tente de me rassurer en me disant que je m'invente des histoires. Je ne la crois évidemment pas. J'avale tout de même les 3 comprimés de valériane qu'elle me donne. Deux heures plus tard, je dors comme un bébé.